Apostasie collective en Argentine après le rejet de l'avortement

En réaction au refus du Sénat de légaliser l'IVG, soutenu en ce sens par les institutions catholiques, 3000 Argentins ont déjà entamé les démarches en vue de se faire débaptiser. Certains demandent la séparation complète de l'Église et de l'État au pays du pape François.

En juin dernier, des cris de joie s'étaient élevés dans les rues de Buenos Aires prises d'assaut par des milliers de personnes. Les députés venaient en effet d'adopter, en première lecture et d'une courte tête, un projet de loi légalisant l'IVG malgré la résistance de l'Église, mobilisée pour mettre en échec le texte. Mais leur bonheur aura été de courte durée : le 9 août dernier, le sénat a finalement décidé de rejeter le texte, douchant les espoirs de millions de femmes favorables au libre accès à l'avortement.

La mobilisation de la jeunesse argentine n'est pas pour autant terminée, beaucoup sont certains que le «oui» finira par s'imposer. Mais c'est un tout autre mouvement qui est en train de prendre de l'ampleur ces derniers jours : de plus en plus de personnes, des femmes comme des hommes, ont décidé de renoncer à leur baptême pour protester contre le poids de l'Église dans le débat public.

Près de 3 000 demandes d'apostasie

Vendredi 24 août, environ 3 000 Argentins ont déposé une demande en ce sens au siège de la conférence épiscopale à Buenos Aires. «Nous avons franchi un grand pas aujourd'hui. Nous avons présenté quelque 3 000 apostasies. C'est une apostasie collective, c'est très important de le faire en public», a déclaré à l'AFP Fernando Losada de la Coalition argentine pour un Etat laïque (CAEL), à l'origine de l'initiative. «On reçoit en moyenne 100 visites par jour sur notre site. En ce moment, avec la question de l'avortement, on a eu 40.000 visites en un jour», s'est félicité Andrés Miñones, qui fait partie de cette organisation laïque.

Valentina Pereña, jeune étudiante en art, fait partie de ceux qui veulent être débaptisés. «Je voulais le faire depuis que j'étais toute petite et là, c'est une bonne occasion», a-t-elle confié en attendant son tour pour signer dans le centre de Buenos Aires. En Argentine, l'Église catholique possède une grande influence et reçoit un financement de l'Etat pour payer les salaires de ses évêques et financer l'éducation catholique. Sur 41 millions d'Argentins, 75% se déclarent catholiques.

La pression des évêques

L'Argentine aurait pu être le 3e pays d'Amérique du Sud à autoriser l'IVG, après Cuba (1965) et l'Uruguay (2012). Ce ne sera pas pour tout de suite. Le débat sur l'avortement a profondément divisé la société argentine et l’Église s'est fortement mobilisée contre le projet de loi, du Vatican aux paroisses des 24 provinces d'Argentine.

«Dans le cadre du débat public, les fondements doivent être les dernières avancées scientifiques, sociétales, juridiques et ne doivent pas être liés à des questions de foi, comme c'est arrivé avec l'avortement, lorsque les évêques appelaient les gouverneurs pour faire pression», a estimé César Rosenstein, qui fait partie de l'organisation laïque.

D'après les estimations, 500.000 avortements sont pratiqués chaque année en Argentine, dans des cliniques privées ou dans des conditions d'hygiène très précaires en fonction de la situation économique.

 

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