Hors du monde mais pas trop

Paul disait dans l’une de ses lettres à Timothée que la jeunesse a des passions qui n’amènent pas à rechercher la justice, la paix et la foi (2 Timothée 2: 22). Timothée était issu de la colonie romaine de Lystre, sa mère était juive et son père grec. Cela ne devait pas être évident pour lui de vivre une vie pieuse dans une société qui considérait que le corps et l’âme devaient être développés harmonieusement. En effet, l’éducation physique et sportive avait pour but de mettre en valeur le corps, tandis que les arts, les lettres, les mathématiques et la philosophie étaient au service de l’âme. L’éducation sexuelle, quant à elle, occupait également une place importante dans la civilisation de l’époque.

 

Il est aisé de transposer la vie de Timothée à notre époque, d’autant plus que la mentalité de la génération actuelle a largement dépassé celle d’antan. Ainsi, il est difficile pour ceux qui souhaitent vivre pieusement de rester indifférents face au culte du corps et de résister à la sagesse corrompue et perverse de ce siècle. Les passions de la jeunesse, contre lesquelles Paul mettait en garde, sont non seulement exacerbées mais aussi encouragées par nos sociétés modernes. Pour preuve, certains parents acceptent sans sourciller que leurs enfants vivent leur vie sexuelle sous leur toit, même si cela leur paraît inconvenant. Ils justifient leur tolérance par le fait qu’il serait préférable que cela se fasse à la maison plutôt que dans des endroits inappropriés. Où est le temps où la chasteté était l’un des fondements de l’éducation ? Ces passions de la jeunesse sont nombreuses : recherche des plaisirs et découverte de la sexualité, défiance de l’autorité ou encore quête de sensations fortes quitte à braver le danger.

Les passions de la jeunesse interviennent selon toute vraisemblance au moment de l’adolescence. Ce concept n’a pris forme qu’à partir du XIXème siècle et correspond à la période où l’enfant change d’un point de vue biologique, intellectuel et psychologique. Son corps se transforme, de nouvelles sensations apparaissent et la volonté d’émancipation de l’autorité parentale prend forme. La durée et l’intensité de cette quête varient en fonction de l’entourage, de la société, de l’école et des choix que l’adolescent peut faire. C’est alors qu’interviennent ces fameuses passions qui se manifesteront au travers des centres d’intérêt du jeune adulte en devenir. Beaucoup d’églises chrétiennes les ont bien identifiés, et au lieu de proposer des solutions pour les contrer, nombreuses sont celles qui ont décidé de les exploiter afin de redorer le blason vieillot de leurs assemblées et augmenter le nombre de fidèles. Toute la question est de savoir si c’est de cette manière que Dieu veut que nous fassions des disciples.

 

WORSHIP MUSIQUE

 

La musique est devenue une arme d’évangélisation massive. En effet, on se sert de ses diverses ramifications pour attirer et maintenir les jeunes au sein des assemblées.

De la liturgie instaurée par le pape Grégoire Le Grand (540-604) composée d’une chorale austère et exclusivement masculine, cette musique dite sacrée surfe désormais ouvertement à la frontière du profane. La louange est pourtant une chose magnifique et tellement touchante lorsqu’elle est sincère. Le problème est qu’il y a louange et louange. Si l’on n’y prend pas garde, on peut dévier et sortir de la vision de Dieu en ce qui concerne cet aspect de la prière. En effet, ne l’oublions pas, la louange et l’adoration sont avant tout des manières de s’adresser à Dieu et de lui rappeler ses hauts faits.

Comme nous l’avons vu, la musique est désormais inhérente à notre personnalité puisqu’elle la forge en partie. Lors de notre conversion, Dieu nous appelle à sortir du monde et à abandonner tout ce qui s’y rattache. Or, force est de constater que cette transition entre le royaume des ténèbres et celui de Dieu pose de plus en plus de problèmes, car il est désormais courant de retrouver dans l’église ce qu’on chérissait auparavant dans le monde. La musique n’y fait pas exception. L’air, le rythme, la mélodie, les voix, les vibes, la gestuelle et même le style vestimentaire, tout y est comme si on n’était pas à l’église. Tout cela pour laisser un petit goût de « reviens-y »… Mais pour revenir où au juste ? Auprès de Dieu ou dans le monde ? On est en droit de se poser  la question au vu des sentiments et sensations pas très spirituels que provoquent en nous certains chantres chrétiens. En effet, mise à part les paroles, d’ailleurs bien souvent ambiguës, il n’y a pas de grande différence avec la musique mondaine.Comment s’étonner alors qu’une importante partie de notre identité chrétienne soit siamoise avec le monde ?  Pourtant, selon la Parole, nous devrions être hors du monde.

La musique a cette faculté de toucher les gens au plus profond de leur être et de leur faire éprouver des sentiments très puissants et de grande intensité. Cela peut aller de l’euphorie à la volonté de mourir. Conscients de l’impact de la musique sur l’âme, certains n’hésitent pas à l’utiliser pour manipuler les sentiments. Pour attirer et fidéliser les âmes, rien de tel que d’avoir des chanteurs ou un groupe chrétien connu pour assurer la promotion de l’assemblée. Les jeunes apprécieront cette espèce de concert gratuit, quoique pour certaines églises cela ressemble davantage à une discothèque. Outre le fait que cela soit une manne financière, c’est aussi une manne humaine. Chacun y trouve son compte, l’âme se donne bonne conscience de permettre au corps de se trémousser sur de la musique dite chrétienne et l’équipe pastorale peut ainsi faire rentrer un peu plus d’offrandes, car dans l’excitation, on est peu enclin à la réflexion et on agit souvent de manière inconsidérée. Vous décrire et vous dénombrer tous les groupes, chanteurs et chanteuses qui ont largement franchi la frontière entre le sacré et le profane prendrait  bien trop de temps. Mais le groupe le plus emblématique de cette génération est Hillsong, dont la photo ci contre ne pourra que vous indiquer à quel stade les membres sont arrivés.

Afin d’être toujours en tête des ventes de disques, certains chanteurs et chanteuses évoluent. Leur métamorphose est lente mais inéluctable. Au début, ils sont tout feu tout flamme, remplis de zèle pour Dieu, ils chantent mais prêchent davantage. Puis, peu à peu, le système les happe, ils succombent aux sirènes de la prospérité. On assiste alors à une transformation vestimentaire, physique et doctrinale qui a pour but de rester en adéquation avec le public chrétien tout en ratissant large dans le monde. Vérifiez par vous-mêmes en regardant la pochette de leurs CD ou en visionnant leurs prestations scéniques. Vous serez stupéfaits par la mutation.

Hélas, la jeunesse est dupée et pour cela elle est même prête à payer pour assister à un concert. Depuis quand la prière et la communion fraternelle sont-elles à vendre ? Gaspiller de l’argent pour finalement se retrouver dans une salle avec des personnes qui ne prient pas le même Dieu ! Ces concerts ne sont pas des temps de communion entre personnes nées de nouveau mais des réunions œcuméniques. Que retiennent-elles au sortir de ce genre de réunions ? Sans doute quelques paroles qui transpirent l’œcuménisme. Il est inutile de rappeler que les désirs de la chair sont contraires à ceux de l’esprit (Galates 5:17). Et pourtant, cela serait bien nécessaire aux membres des congrégations, communautés… qui ont pris pour exemple le modèle brésilien en ce qui concerne la reconquête de la jeunesse.

LA CHRISTOTHEQUE

Et non, ce n’est pas un sous-titre accrocheur mais bel et bien le nom qui est donné aux boites de nuit et soirées type clubbing destinées aux jeunes chrétiens. Cette grande idée ne nous vient pas des Etats-Unis mais du Brésil. Certains dirigeants catholiques, s’inquiétant de voir les jeunes brésiliens déserter les messes du dimanche matin ont, avec DJ Leo et son groupe Electrocristo, institué un culte d’un genre nouveau. Tous les vendredis, à partir de 23h, messe et procession sont célébrées jusqu’au bout de la nuit. Les jeunes communiants se défoulent sur des sons électro, funk, junggle, rap, R&B. Voici le témoignage d’Eliane, 20 ans, adepte de ces soirées. « Moi j’ai toujours adoré danser. Je buvais, je fumais et puis je me laissais pas mal draguer aussi. Mais le lendemain, je ressentais toujours un vide. Avec la Christothèque, je peux m’éclater toute la nuit, et me sentir sereine, remplie de l’Esprit-Saint». Ce nouveau concept gagne peu à peu nos contrées et il n’est plus rare de voir des invitations aux Christothèques, aux rave party chrétiennes, ou encore à la 3D (la Discothèque de Dieu).

Tous ces jeunes chrétiens qui assistent à ce type de soirées se laissent transporter par les mélodies, leur esprit divague au gré des sensations pas très vertueuses, sans même se rendre compte qu’ils vouent un culte à Satan (Jacques 1 : 15). On l’aura compris, ce genre de concept labellisé « chrétien » a pour but de combler un manque suscité par la nostalgie du monde. Soyons donc vigilants, ne nous laissons pas entraîner par ces ambiances mondaines en habit chrétien. La louange et l’adoration doivent provenir d’un cœur pur et sanctifié. Nul besoin pour cela de s’entourer des fastes d’une chorale pompeuse et d’un orchestre sophistiqué. Laissons le Saint-Esprit nous inspirer lui-même les chants et les mélodies qui sauront toucher le cœur du Père. Il en va de notre salut.

MA BANDE A MOI !

L’autre aspect qui caractérise la jeunesse est l’appartenance à un groupe, à une bande. Cela lui permet de se construire psychologiquement et de s’émanciper de l’autorité parentale pour rentrer dans l’âge adulte. Le jeune trouve dans le groupe  l’amitié, la solidarité et la compréhension. Là encore, certaines églises en profitent pour exploiter à leur avantage le besoin d’appartenance des jeunes. Pour cela, elles les attirent en les séduisant par des fausses promesses. Au lieu de leur présenter Jésus-Christ seul, on leur vend  l’appartenance à un groupe uni et motivé pour la réalisation d’une idée commune. On leur fait miroiter l’intégration dans une nouvelle famille, la promotion sociale, la réussite personnelle d’un point de vue affectif et professionnel.

Non, il ne s’agit pas des techniques de recrutement d’une quelconque secte mais un résumé des divers messages publicitaires que l’on peut lire sur les sites web des assemblées évangéliques qui ont pignon sur rue dans le monde francophone. Voici en exemple l’accroche du site Internet JIC (Jeunesse Indépendante Chrétienne) : « Être en équipe JIC, c’est partir des réalités, des situations concrètes de notre vie : emploi du temps, rythme de vie, études, copains, famille, vie affective, loisirs, engagements, etc. L’équipe JIC est donc un lieu de parole libre, ouvert à tous qui nous permet de faire « un arrêt sur image » pour ne pas vivre à 100 à l’heure sans se poser ; de prendre du recul par rapport à ce que l’on vit et par rapport à des moments importants de notre vie ; de découvrir que nous ne sommes pas seuls, mais que d’autres vivent les mêmes situations que nous ».

Et Jésus ? Il est où dans tout ça ?

Aussi, pour retenir cette jeunesse dupée dans leurs assemblées, certains sont allés jusqu’à créer des ministères de la jeunesse qui organisent leurs cultes d’adoration, leurs veillées de prière, leurs séminaires de formation mais aussi des cours de chant, de danse prophétique, d’expression corporelle, de théâtre, de cuisine ou encore du soutien scolaire. Pour lutter contre la solitude, ces assemblées proposent aussi des sorties dans les grandes villes, des concerts, des repas au restaurant, sans oublier les camps de vacances afin de vivre leur foi en toute quiétude sous le soleil !

Ce type de fonctionnement a un nom, il s’agit du patronage. A l’origine, il a été mis en place pour les enfants issus des couches les plus défavorisées de la société française, afin de leur permettre de faire des activités sportives et culturelles. Ce mouvement a connu son apogée au cours des années 50 où les idées de Jean Zay (1904-1944), homme politique français, ont été mises en application. Le ministère de la jeunesse n’est ni plus ni moins que du patronage évangélique. Toutefois, si les jeunes ne se retrouvent pas dans le patronage évangélique, ils pourront toujours tester celui des communistes,  des musulmans, des catholiques, des protestants ou encore les centres sociaux culturels de leur ville. Les activités proposées seront plus ou moins les mêmes à la seule différence qu’elles n’auront pas le logo « chrétien ».

Désormais, dans cette approche d’appartenance à un groupe, il ne faut surtout pas oublier l’hyper connectivité des jeunes. L’omniprésence dans nos sociétés des ordinateurs portables, des Smartphones et réseaux WIFI permet d’être en lien avec ses proches partout et tout le temps. Pour répondre à ce nouveau mode de vie, les assemblées et les ministères se sont très vite adaptés au monde du web. L’église chrétienne est connectée. En soi, cela n’est pas mauvais si c’est utilisé à bon escient et dans le but de former, d’enseigner et de proposer des choses édifiantes. Hélas, ils ont préféré adopter des concepts comme le flash mob, dont l’intérêt pour l’édification du corps du Christ reste à prouver.

Le flash mob est une mobilisation éclair d’un groupe de personnes dans un lieu public pour y effectuer des actions convenues d’avance, avant de se disperser rapidement. Ces rassemblements sont généralement organisés au moyen d’Internet et des réseaux sociaux. Ainsi, courant Avril 2011, les chrétiens du web ont été invités à participer à un flash mob, place du Capitole à Toulouse. Les initiateurs de cet événement le présentaient ainsi : « Il ne faut pas beaucoup de temps, ni de talent pour participer ! Il faut juste avoir envie d’offrir un cadeau d’unité à Dieu, en ce week-end des Rameaux, une offrande de bonne odeur, en se rassemblant au-delà de nos dénominations, de nos couleurs et de nos églises ». Résumons : on aide les jeunes chrétiens à lutter contre les tentations du monde en les liant à l’œcuménisme.

Tous ces concepts ne sont que des méthodes destinées à toucher le plus grand nombre de personnes, soi-disant pour Christ. Toutes ces techniques d’approche et de maintien dans la « chrétienté » manquent cruellement de l’action du Saint- Esprit. Eh oui ! On peut organiser les plus beaux concerts avec les plus belles voix, avoir les plus belles salles, les plus beaux complexes  et proposer un large choix d’activités pour la jeunesse, être hyper connecté… Tout cela ne sert à rien si l’Esprit de Dieu n’est pas aux commandes, s’il n’encadre pas et ne conduit pas les actions menées. Sans le Saint-Esprit,  tout ce qui est proposé n’est que de la gesticulation et du bruit et n’amènera aucunement les jeunes à fuir la convoitise du monde. Bien au contraire, tout ceci ne sert qu’à les encourager à vivre leurs passions revues à la sauce « croyant ».  On n’a pas fait de ces jeunes des véritables disciples de Christ mais des religieux en puissance.

Stopper l’activisme et mettre la jeunesse dans une ambiance calme, propice à la réflexion et à la prière, c’est prendre le risque qu’elle se convertisse à Christ et qu’elle suive ses enseignements. Un jeune gagné véritablement au Seigneur est une âme perdue pour le patronage évangélique.

L’Eglise ne se donne plus le temps de rester dans la contemplation du Seigneur. Beaucoup de chrétiens ne peuvent plus rester chez eux tout simplement à ne rien faire et cette maladie de l’hyperactivisme leur coûte leur relation avec Dieu. Ces derniers sont toujours affairés, débordés, dépassés, envahis par une pression insupportable qu’ils s’imposent eux-mêmes.

User de la musique, du besoin d’appartenance à un groupe, donner aux jeunes ce que réclame leur chair n’est pas une bonne chose. C’est les garder dans la captivité alors que Jésus veut les libérer du monde et des pièges de Satan. La jeunesse chrétienne n’a pas besoin d’être tous les jours accaparée par les activités proposées par les assemblées. Elle n’a pas besoin d’être constamment connectée avec des frères et sœurs pour avoir une communion fraternelle épanouie. Elle n’a pas besoin non plus qu’on lui propose de la musique qui la renvoie et la replonge dans ses errances du passé. Ce dont a besoin la jeunesse chrétienne, et cela vaut pour tous les chrétiens, c’est d’être en communion avec Dieu, de passer le plus de temps possible dans sa présence, pour être à son écoute et vivre selon ses enseignements. La jeunesse n’a pas besoin, ni les autres chrétiens d’ailleurs, d’être coachée par un pasteur demi-dieu en costume Armani. Elle a besoin de véritables modèles qui vivent la Parole de Dieu et l’encourage à faire de même.

Les treize premiers chapitres du livre des Proverbes sont une mine d’or pour la jeunesse mais aussi pour ceux qui ont des jeunes sous leur responsabilité. Ces écrits retracent les conseils et les enseignements que Salomon prodiguait à ses fils. Tous les sujets de la vie y sont abordés. A tous ceux qui se demanderaient comment on pourrait occuper les jeunes, nous répondons qu’il n’y a pas besoin de les occuper mais qu’il y a juste besoin de les enseigner. Ils sauront alors quoi faire et comment le faire dans la présence de Dieu.

 

Estelle K.

 

Méditations conseillées : Proverbes 1 à 13; 1 Timothée et 2 Timothée. 1 Samuel 2 :12 à 4 :22

SOURCE: LA SENTINELLE- LES DOKIMOS 22-MAI 2012.

 

Lien source: http://www.lesdokimos.org/2014/05/21/hors-du-monde-mais-pas-trop/

 

 

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